lundi 9 novembre 2009

DE LA VÉNÉRATION LITHIQUE

Est-ce qu’une création humaine peut être plus belle qu’une création purement naturelle ?
Par purement naturelle, j’entends quelque chose qui est issue de la Nature sans jamais avoir été touchée de main d’homme.

J’entends des critiques qui attendent une définition de la beauté. J’y ajouterais même la notion d’utilité mais il est clair qu’intrinsèquement nous savons tous ce qu’est une belle chose, ce qu’est une chose utile. Donc il ne faut pas compter sur moi pour une définition qui serait contestée par tous les critiques de table.
Est-ce que le Bluenose** est plus utile et plus beau qu’un radeau de bois flotté? Et même sur pied, ce bois, serait-il plus élégant que le Bluenose?

Est-ce que la Victoire de Samothrace, l’une des plus belles sculptures au monde, est plus belle et élégante que le bloc de marbre dont elle est sortie?
Je vous encourage à visiter le Louvre au moins une fois pour jeter un coup d’œil sur les œuvres d’art qui y sont exposées.
Est-ce que le buste de Néfertiti est plus beau que le tas d’argile qui en est la base ?
Est-ce que les Bouddhas de Bamiyan, détruits par le régime éclairé des Talibans, étaient plus beaux que la falaise rocheuse dont ils sont sortis ?

Je vous laisse réfléchir…

Maintenant, supposons que la Vénus de Milo soit sortie tout droit d’une stalactite tombée par hasard…
Maintenant, supposons que les statues de l’île de Pâques, les Moais, aient été auparavant des colonnes de basalte…

Vous allez me dire que toutes les créations humaines ne sont pas Vénus de Milo, les Moais ou la Victoire de Samothrace.
Qu’une simple voie d’escalade ne doit modifier en aucun cas la structure du rocher, ce substrat vomi par Gaia il y a des lunes et demandant une certaine révérence.
Et bien je ne suis pas d’accord!
Les propriétaires de carrières et de mines non plus!!

Une voie d’escalade est une création humaine et, si elle est bien faite, elle possède une étincelle du génie humain.
Ce qui ne veut pas dire qu’on doit tout accepter. Des règles de sécurité s’imposent mais à l’intérieur de ces règles l’équipeur a toute latitude pour créer un trajet original qui demeurera tant et aussi longtemps qu’il y aura des grimpeurs et que la patine n’affectera pas la fréquentation. Pour y arriver, s’il faut purger, que l’on purge! Tout en gardant en mémoire qu’on choisit une ligne pour son allure et sa singularité géologique. Singularité qu’on n’a pas intérêt à détruire lors du travail initial… la Nature s’en chargera en temps et lieu et souvent beaucoup plus vite qu’on pense. Regardez Santorini ou Alexandrie ou Rhodes ou Pompéi…

Lorsque le travail est terminé, on n’y touche plus. Pas plus qu’on ne songerait à changer quelque chose dans le David ou dans Le Penseur.
J’ai lu qu’il manque un muscle dans le dos du David mais je ne connais personne qui songerait à l’ajouter.

La Nature fait bien les choses. A sa manière.
L’être humain, le roseau pensant, tente de donner forme et structure à l’apparent désordre du monde qui l’entoure.
Je crois que c’est fantastique!
Naturellement, étant un athée convaincu, personne ne se surprendra que, contrairement à d’autres, je ne me mette pas à genoux pour adorer le monde naturel. L’adoration est un vide en soi : on ne fait plus rien car que peut-on faire de plus grand que l’être adoré? La négation de l’humanité… demandez aux Talibans.

Le plus drôle c’est que, quelquefois, la nature imite l’homme. Sans doute plus souvent qu’on veut se l’imaginer.
Le New Hampshire est représenté par le profil rocheux d’un Indien que j’ai vu des dizaines de fois. Il y a aussi Bleau et ses blocs. Et combien d’autres?
Je me promenais sur une plage du Maine il y a un mois… combien de rochers phalliques peut-on découvrir…

Que l’on purge! Que l’on purge!
Les débris pourront être vendus comme reliques à ceux qui vénèrent le lithique.

**Le Bluenose fut une goélette de course légendaire. Conçu par William Roué et construit par la firme Smith and Rhuland, il fut inauguré le 26 mars 1921 à Lunenburg en Nouvelle-Écosse, au Canada. Son nom provient du surnom donné aux néo-écossais. Mais tous les canadiens connaissent le Bluenose car il figure sur la pièce canadienne de 10 cents depuis 19371.

JPB

Ô temps pour moi

Ô temps pour moi,
ami, suspend ton vol
avant qu’il ne m’étiole

Au temps pour moi
je préfère l’espace
s’il me laisse une place

Autant pour moi
en emporte le vent
qui contre le courant

Ô temps pour moi
apporte la tempête
et la folie en tête

François Colas

mardi 20 octobre 2009

Douleur

Cette semaine un grand malheur
a déclenché notre souffrance
il nous a déchiré le coeur
et dévoilé notre impuissance.

La maison du Haut-Bugey
de notre amie pleine de charme
qui nous invitait festoyer
est maintenant remplie de larmes.

Elle qui savait nous régaler
avec ses gâteaux à la crème
elle seule gardera le secret
de leur douceur que tout le monde aime.

Sa gentillesse me fascinait
quand elle amusait les enfants
son franc-parler, ses vérités
quand elle s'adressait aux plus grands.

Sur les contreforts du Spijeoles
dans les hauteurs des Pyrénées
elle a séduit le dieu Eole
et avec lui s'est envolée.

Alors adieu la belle Hélène
vas libre et sans regrets
tu sais qu'ici bas on t'aime
tu ne seras jamais oubliée.

Quentin

jeudi 1 octobre 2009

Qui a tué l’Ayatollah Kanuni ?

Naïri Nahapétian, une de mes collègues, a publié il y a quelques mois un roman policier. Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas un texte que je vous propose, mais ce qu'on appelle la "quatrième de couv". Juste pour vous donner envie de lire ce livre.



Téhéran, juin 2005, veille de l’élection de Mahmoud Ahmadinejad. L’ayatollah Kanuni, un juge tout-puissant qui préside depuis 25 ans à la répression des opposants iraniens, est retrouvé assassiné dans son bureau du Palais de justice. S’agit-il d’une revanche des Moudjahedin du peuple ? Ou bien est-ce un nouveau règlement de comptes entre mollahs ? Malgré eux, trois personnages se trouvent mêlés à cette affaire. Narek Djamshid, qui, après avoir quitté l’Iran enfant avec son père pour se réfugier à Paris, rentre pour la première fois dans ce pays. Leila Tabihi, une « féministe islamique » qui tente en vain de se présenter aux élections présidentielles depuis des années. Mirza Mozaffar, ancien politicien, homme public en déclin, mais membre toujours fringuant de la jet set téhéranaise et don juan infatigable. Ces trois points de vues sur l’Iran structurent ce roman qui nous fait découvrir que les mollahs sont des hommes d’affaires comme les autres, mais aussi que la boisson préférée de la jeunesse iranienne est le Parsi Cola !

L’enquête policière permet de revenir sur la période sanglante qui a marqué l’instauration de la République islamique. Narek éclaircira ainsi les circonstances de la mort de sa propre mère, au lendemain de la révolution de 1979. Enfin, en filigrane, sont évoquées les raisons de la victoire de l’actuel président iranien Mahmoud Ahmadinejad.



Pour en savoir plus:
http://moisson-noire.over-blog.com/article-27727501.html

Le mort ose...



Les vannes célestes étaient ouvertes depuis un bon moment déjà. Tellement ouvertes qu’il y avait maintenant quelques millimètres d’eau sur la chaussée. Tellement ouvertes qu’on ne voyait pas à plus de cinq mètres devant soi. Qu’on circulait à une vitesse proche du zéro absolu sur une route de campagne.

Isidore Squamule était perdu et bien perdu. Il n’était certainement pas prêt d’arriver à Béziers! La dernière pancarte aperçue demandait de se rendre aux urnes pour voter Pompidou et personne d’autre. Plus rural que cette route là et c’était le sentier de labour : il n’avait pas vu un autre véhicule depuis son virage à droite trente minutes auparavant.

Tout cela pour s’épargner quelques euros en frais d’autoroute! Il aurait dû prendre la voie rapide et filer vers Béziers mais, non, il avait préféré le chemin des écoliers et sa fin de semaine à Landeyran était maintenant sérieusement compromise. Finies les joies de l’escalade sur la quartzite et les voies aux trois mètres…

Sa R5 prenait l’eau de toute part : les gouttes faisaient leur chemin par le joint du pare-brise, par ceux des portes, par celui du toit ouvrant qui n’avait plus besoin d’être ouvert pour que le conducteur profite du grand air. Et le conducteur était trempé, frigorifié : le chauffage ne fonctionnait plus depuis une dizaine d’années et la ventilation projetait de la vapeur d’eau. La seule façon de garder un contact visuel avec la route était d’essuyer la vitre avec un torchon huileux.

Un vieux panneau de signalisation apparut :

Nîmes 20kms
Prochaine à droite

Isidore tourna à droite, se retrouva sur un viaduc, tourna de nouveau à droite, rencontra une croisée de chemins, vira à droite encore une fois, fit deux cent mètres, pris un virage à gauche car il n’y avait rien à droite, manqua de justesse un portail, fit un autre virage à droite et se retrouva devant un mur de ceps de vigne. Plus de route!
Il ouvrit sa portière, laissa écouler les quelques litres d’eau accumulée sur le plancher de la R5 et aperçut une maison de pierres dont les vitres laissaient filtrer une douce lumière. A dix mètres à sa gauche.

Il se précipita vers la porte sans trop remarquer l’écriteau et entra.

Des bouteilles. Des bouteilles partout. De toutes les grosseurs. Blanc, rouge, rosé : les couleurs de l’arc en ciel du pays d’Oc. Et des tonneaux, plein de tonneaux...

-«Bonjour monsieur, bienvenue au Mas des Tourelles! » dit une petite voix posée.

-«Heu… je suis où, là? Voyez-vous, je viens de Cavaillon et je me suis perdu en chemin. On ne voit pas plus loin que le bout de son nez dehors et je roule depuis des heures.»
-«Vous êtes à la sortie ouest de Beaucaire et le Mas des Tourelles est un vignoble datant de l’époque romaine. Nous produisons différents vins exportés partout dans le monde! Vous voulez goûter?»

-«Pour une Romaine, vous êtes diablement bien conservée! Ce doit être le vin… allez, je me laisse tenter : avez-vous un rouge sans prétention?»

-«Monsieur est un charmeur… en fait, nous reproduisons un vin romain d’époque qui est supposé conserver la jeunesse si consommé avec modération, le Mulsum. Mais passons donc au Bois de Peyre… voilà …»

-«Excellent! Et quelque chose de plus intense, vous avez?»

-«Le O’Terra… regardez la couleur!»

-«Un charme, ce vin… et cette bouteille, sur l’étagère?»

-«On voit que monsieur à l’œil… la Cour des Glycines. Costière de Nîmes et tout… allez, un grand verre.»

-«Un délice… j’en prends deux caisses tout de suite! Et ce Mulsum dont vous m’avez parlé… d’ailleurs, je me demande, il y a de l’escalade par ici? Une falaise quelque part aux alentours de Beaucaire?»

-«Voilà pour le Mulsum… vous savez, moi, je n’y connais rien à l’escalade! Je sais qu’il y a le massif de l’Aiguille pas loin et l’ancienne abbaye de St Roman. C’est juste à quelques kilomètres mais aujourd’hui, il faut oublier ça. Nous offrons des chambres d’hôtes si vous désirez rester dans la région cette nuit quitte à monter, demain, voir le massif…»

-«Excellente idée! Je vais chercher mes affaires et je couche ici. Ajoutez sur ma note cette fontaine à vin Mediterra. J’ai un article de magazine que je n’arrive pas à terminer et dix litres ne seront pas de trop.»

-«Vous écrivez?»

-«Non… je dois terminer la lecture de cet article. Huit pages sur Orpierre…»

Isidore Squamule se retrouva dans une chambre proprette aux murs de pierre lui rappelant un peu la couleur de la falaise de Robion. Il posa la perceuse à essence sur l’oreiller, à ses cotés, et le sommeil vint à la lecture de l’article sur l’aménagement de Orpierre, article arrosé par quelques verres de vin du pays d’Oc. Ses rêves ne furent que bruits de perceuse, marteau frappant un goujon, vide sous les pieds, équipement de la voie qui deviendrait classique.

Samedi matin. Grand beau! Difficile de se perdre sur l’unique route montant au massif de l’Aiguille…

Il sorti tout son matériel dès l’arrivée au stationnement : corde statique, sac contenant une tonne d’acier inoxydable, marteau et perceuse Ryobi. Il ne lui restait qu’à trouver une falaise digne de ce nom! Etrangement, outre les murs du tas de ruines au sommet, il ne semblait pas y avoir d’à-pic sur cette aiguille. Peut-être que sur les flancs?

Soudain, un autobus déboucha en trombe derrière lui. Juste le temps de se jeter sur le coté que l’antique mastodonte stoppait en faisant hurler ce qui lui restait de freins. L’affiche de provenance annonçait « Bratzigovo». La porte du véhicule s’ouvrit aussitôt et une foule bigarrée s’en extirpa en se poussant plus que de raison. Une trentaine d’hommes, pas un de plus car l’autocar n’aurait pu en contenir quarante comme eux. Des amas de muscles, des cous inexistants, des bras disproportionnés, des cuisses de la taille d’un tronc de platane moyen, des yeux enfoncés sous des sourcils noirs qui n’en finissaient plus. Isidore décida que la retraite était l’essence de la survie.

Deux hommes s’avancèrent vers lui. Les responsables du groupe ou bien les exécuteurs nommés pour la journée... Isidore recula vers le hayon ouvert de la R5. Un des tueurs en vacances lui tendit la main en souriant.

-«Kak sté, Gospodin? Da … instructor kahat…! Excellentissime organisation voyage bulgare organisé haltérophiles! Instructor per la journée kahat… da… das good!»

Isidore Squamule leva les bras au ciel et fit un signe négatif de la tête.

-«Euh…oui… da… va pour grimper. Grimposki! Climbonska! Up…en haut. Va faire une route, voie, road… via, viaski on top. Percer des trous! Drill… ra-ta-ta-ta… ding ding ding… lourd sac plein pitonski spitta la roche… Pas instructeur pour groupe bulgare.»

Il y eu, chez les Bulgares, un petit conciliabule puis l’entraîneur saisit le sac de matériel d’escalade qui était encore à l’arrière de la R5. Il fit un signe à deux jeunes hommes, chacun aussi large que haut, qui se hâtèrent d’extraire les deux caisses de vin, le reste du matériel et les quelques harnais qui traînaient dans le coffre.

-« Allons faire Kahat avec toi! Tu vas montrer à groupe comment grimper falaise. Nous aider monter matériel… excellentissime organisation bulgare, comme voyage Mer Noire»

A l’évocation de la Mer Noire, plusieurs haltérophiles roulèrent de gros yeux et firent des gestes explicites démontrant que les attraits de la Mer Noire ne se limitaient pas aux plages.

Isidore secoua la tête avec véhémence.

-«Mais non, mais non… je suis ici pour équiper une voie, pas pour donner une formation en escalade en bulgare. Je ne sais rien du bulgare et d’ailleurs je ne sais même pas s’il y a des voies écoles en haut!»

L’autre tueur semblait utiliser marginalement mieux la langue de Molière.

-«Merci Gospodin! Nous allons monter gros sacs et vite, en haut. Formation, tu as dis… nous comprendre formation. Beaucoup formation haltérophilie. Entraînement dur. Puis Mer Noire.»

Il se retourna et hurla une série d’ordres au groupe. Les hommes sortirent des compartiments, sous le véhicule, des caisses et des cageots, des dames-jeannes et un poêle au propane. Tout fut chargé sur les épaules sans le moindre effort.

-«Avant instructor!»

Le groupe d’haltérophiles se lança d’un pas accéléré dans le sentier qui montait au monastère. Ils entonnèrent ce qui semblait être une chanson à marche datant de la résistance contre les Turcs... Isidore se lança sur leurs traces, talonné de près par les « guides » qui ne semblaient pas vouloir le perdre dans la nature. Surveillance rapprochée… ils auraient pu le lever de terre et le monter à force de poignets…

-«Belle journée pour kahat, instructor. Va montrer techniques souplesse sur rocher monastère. Force aussi… beaucoup force…»

Isidore fit signe que non… il ne pouvait montrer l’escalade à ces énergumènes sur un site qu’il ne connaissait même pas.

-«Bravo instructor…force dans escalade. Nous connaître. Bon entraînement équipe après journées dans autobous.»

Quelques centaines de mètres plus loin, et plus haut, et le groupe arriva en chantant près du mur du monastère. Isidore n’avait aperçu rien qui ressemblait de près ou de loin à une falaise: ce mur ancien faisait huit mètres à peine et était partiellement crénelé au sommet. Un pré gazonné lui faisait face.

Déjà les haltérophiles s’installaient, déroulant des couvertures, sortant jambons, saucisses, pains de deux kilos, agneaux entiers… agneaux entiers…tout le monde avait l’air de trouver ça tout à fait normal… les dames-jeannes s’ouvraient et chacun se remplissait un broc de vin noir.

-«Tcheveno instructor … bois vin de notre pays! Réserve spéciale de l’entraîneur! Plus fort après pour kahat! »

On plaça un litre de vin entre les mains d’Isidore et chacun le regarda avec attention. Ne pas déplaire, se dit Isidore… ne pas les contrarier… ce sont des fous… je rêve et je vais me réveiller. Il porta le broc à ses lèvres et but une gorgée.

-«Tout boire. Bon pour force! Après monter installer cordes.»

Il vida le broc en une minute et demie. Pas moyen de s’en sortir : il devait les faire grimper puis en profiter pour fuir. La tête lui tournait déjà un peu ce qui en disait long sur la qualité du vin. Réserve spéciale… il y aurait des anabolisants dedans que ça ne serait pas surprenant.

Il prit la Ryobi, une dizaine de plaquettes, trois cordes fixes et quelques sangles. Il y avait un escalier monumental juste à droite : facile donc de se rendre au sommet. Ses anges gardiens empoignèrent deux harnais et le suivirent.

-«Non, ce n’est pas nécessaire! Je vais le faire seul. » dit Isidore en branlant la tête.

-«Da… kahat instructor.»

Au sommet de la ruine, il tira sur la corde et un gros nuage noir s’éleva dans les airs : la perceuse avait sérieusement besoin d’un réglage! Deux trous ici, deux trous là et deux derniers ici. Les anges gardiens le regardaient faire : chacun de ses gestes était analysé. Il posa les plaquettes, les sangles et lança les cordes. Puis lui et ses ombres redescendirent par l’escalier.

-« Quand faut le faire » se dit Isidore Squamule en mettant son harnais. Un des anges gardiens avait sans doute un minimum de connaissances alpines car il aidait ses amis à enfiler les harnais ajustables. Puis il attacha un des haltérophiles à la première corde. Un haltérophile moyen. L’ange gardien pris un gri-gri et fit jouer la corde.

Quelques autres s’approchèrent et saisirent la corde en haut du gri-gri. Après avoir pris le mou, ils hurlèrent.

-« Edno! Dvé! Tri! »

Et ils hissèrent leur compagnon de deux mètres.

-« Edvo! Dvé! Tri! »

Un autre deux mètres.

Déjà, d’autres groupes se formaient. Le même manège se reproduisit sur les deux autres cordes. Bientôt, on n’entendit plus que les Edno, Dvé, Tri, hurlés à gorge déployée. Quelqu’un plaça un autre broc de vin noir entre les mains d’Isidore. Et un kilo de pain noir dans l’autre. Il se dit qu’il ne manquait que la Mer Noire.

-«Bois, Gospodin instructor! Pain aide mal de tête.»

Un demi-litre de vin et un quart de kilo de pain plus tard, Isidore se dit qu’il devrait peut-être aller ouvrir de nouvelles voies. Ce petit site pouvait devenir excellent pour les débutants : le rocher comportait de nombreuses prises, le tout n’était pas trop haut, il y avait ce petit pré qui allait favoriser la fréquentation familiale aussitôt qu’on l’aurait nettoyé des os de jambons et de la carcasse de l’agneau; on pouvait aisément y équiper une quinzaine de voies…bref, il serait facile de s’y plaire, sur ce site. En fait, ça ne demandait que de la vision!

Il leva son broc une autre fois et tituba vers l’escalier. Quelques haltérophiles avaient allumé le poêle au propane et faisaient rôtir de la saucisse. Et un genre de choucroute. Un de ses anges gardiens le suivit. On entendait encore les Edno, Dvé, Tri à mesure que les membres du groupe essayaient les voies avec plus ou moins d’aide. C’était la technique la plus facile : comment se fait-il que personne n’y ait pensé avant?

Isidore saisit la Ryobi et elle pétarada en envoyant dans l’atmosphère un autre nuage noir. Il devrait en parler à son oncle qui d’ailleurs serait tellement content de savoir qu’un premier site avait été créé ex nihilo grâce au matériel du magasin!
Il venait à peine de percer un premier trou qu’un drôle de petit bonhomme arriva en courant au sommet de la ruine. En gesticulant comme un fou. Un autre… ce devait être un autre autobus qui venait d’arriver. Des joueurs de ping-pong cette fois…Non… le gars portait un uniforme!

-«Je vous y prends! Destruction de la propriété nationale, bris d’un monument classé, saloperies partout, non respect d’un ancien lieu de culte, usage d’un outil perforant, consommation de boissons alcoolisées… votre compte est bon! Vous et votre groupe de barbares qui ne respectent rien allez passer les prochaines années en cellule, à l’ombre.»

Le Bulgare regarda d’un drôle d’œil le nouveau venu. Il jeta un œil en bas du mur et cria quelques ordres. Immédiatement, trois haltérophiles arrivèrent en courant portant qui un broc, qui une côte d’agneau. Ils se saisirent de la force constabulaire sans ménagement…

-«Mise sous séquestres d’un agent de la paix en fonction. Je vais verbaliser…laissez-moi, bande de zigotos!»

-«Tcheveno, Gospodin…» dit un gorille en tendant son broc à Isidore.

Au point où j’en suis… il avala une longue rasade. Puis plaça les deux plaquettes et se dirigea vers l’autre bloc, un des gros créneaux de pierre qui terminait le mur. Il perça son premier trou mais, après quelques centimètres, la mèche pénétra dans un vide.

-«Tiens, un trou dans le calcaire…»

Il déplaça la mèche de dix centimètres. Elle perça le rocher et, elle aussi, s’enfonça dans un vide.

-«Il doit y avoir un gros trou dans ce bloc. Je vais me déplacer un peu plus. Vous avez vu, vous autres, le trou?»

Le gardien se débattait comme un beau diable entre les mains des Bulgares.

-«Vous ne vous en tirerez pas facilement… je vous vois faire vos trous… témoin à votre procès, que je serai…attendez que le gestionnaire soit mis au courant.»

Isidore avait certaines difficultés à aligner la perceuse à la verticale. Il appuya sur la gâchette et la mèche entra comme dans du beurre pour, encore cette fois, heurter le vide.

L’entraîneur bulgare avala le reste de son vin et hurla d’autres ordres vers la cour.

Huit des plus gros haltérophiles arrivèrent en courant. Le gardien, conscient qu’il était maintenant en infériorité numérique, cessa de se débattre comme un diable dans l’eau bénite.

-«Discipline, instructor kahat! Voir force après voyage Mer Noire…attention à tous!»

Les haltérophiles se placèrent tous du même coté de la pierre, les mains sur le dessus du bloc. L’entraîneur mis une pierre taillée, prise sur un tas de roches, juste à coté du bloc.
-« Edno! Dvé! Tri! »

Les Bulgares bandèrent leurs muscles. Des veines saillantes firent jour d’un peu partout sur leurs avant-bras. Leurs épaules semblèrent grossir à vue d’œil. Le coin du bloc se souleva un peu, juste un peu, puis un peu plus, gagnant de l’impulsion, dévoilant une cavité.

-« Stop! »

L’entraîneur glissa la pierre sous le bloc ainsi soulevé de vingt centimètres. Tous les Bulgares glissèrent leurs mains sous ce qui semblait être le coin interne du créneau de pierre.

-« Edno!Dvé!Tri! »

Le bloc fut soulevé avec une aisance difficile à croire puis pivoté dans le vide. Il tomba avec fracas dans le petit pré au pied du mur.

-« Les reliques de St-Roman! » s’exclama le gardien.

Le bloc avait laissé la place à un squelette partiel entouré de quelques bijoux et dorures. Le bloc n’était en fait qu’un sarcophage médiéval renversé! Une façon comme une autre de préserver le saint des vendeurs du temple.

Saisis de stupeur, les Bulgares avalèrent ce qui leur restait de vin et le gardien en profita pour prendre la poudre d’escampette. Isidore Squamule jeta un coup d’œil sur la dépouille et descendit se chercher un autre verre. Plein.

Un autre ordre de l’entraîneur retentit. Tout le monde comprit qu’il était temps d’aller visiter une autre merveille architecturale française… ils remballèrent en un clin d’œil et, laissant les carcasses des jambons et des agneaux sur le terrain, redescendirent vers l’autobus. Ils eurent la grâce de porter Isidore, à qui le vin noir avait coupé les jambes, et tout son équipement, retiré à une vitesse digne des meilleurs ouvrages de la littérature alpine.

Bien assis dans la R5, Isidore regarda les haltérophiles s’engouffrer dans le vieil autocar.

-«Dovijdané instructor!»

L’autocar démarra en trombe.

Isidore se dit que la meilleure chose à faire était de rejoindre sa chambre de la veille. Il tourna la clé et roula tout doucement vers la sortie du stationnement. Et il n’avait pas fait cinq cent mètres qu’il croisait la gendarmerie qui montait en cinquième vitesse vers l’Abbaye.

Vingt minutes plus tard, il entrait au Mas des Tourelles.

-«Je voudrais ma chambre d’hier soir. C’est possible?»

-«Bien sûr, monsieur! Dites… avez-vous entendu? On aurait découvert les ossements de St-Roman! Des vandales à l’Abbaye … Après toutes ces années : le corps avait disparu à la Révolution!»

-«Très bien. Excellent. Génial. Vous me mettrez aussi un dix litres de Mediterra : j’en ai bien besoin…»

-«Un autre article à finir?»

-«Non, un article à oublier… disons que je suis tombé sur un os…bonne nuit!»

Texte de Jean-Piere Banville
Illustration de Ben Bert

dimanche 27 septembre 2009

Analogie

Le salut de l’homme
Est la cime
De sa montagne intérieure
Le but
Le sommet
Le moyen
Gravir
Pas si simple
Obsédé par les longueurs
Telle une quête
Un pèlerinage
Escalade soude le sourire
La plénitude va jaillir
La verticalité
Une lueur
La béatitude
Altitude
Ne pas jouir
C’est trop furtif
Savourer
Belle
La contempler

Poême de UnCplus

Aérolithe


Tête de Chien, le sommet, samedi 11:30

-« Philippe! Quel plaisir de te revoir! Tu te souviens de Madame Lancette, la propriétaire de Cuir de Latex Cavaillon? »

-« Madame Lancette, quel plaisir de voir que vous vous êtes enfin décidée à tenter l’escalade et quel honneur que ce soit fait à Nice! »

-« Monsieur Maurel, dois-je comprendre qu’en plus d’être le Nadar de la grimpe, vous êtes aussi le Baudelaire des falaises? Si c’est le cas, pourquoi ne pas vous joindre à nous ce soir? Nous avons cette délicieuse petite tente louée à La Conquête des Plateaux… et une peau de yak… décadent, réellement décadent! Isidore sera là de même que mes amies…»

Trois jeunes femmes de la plus belle eau sortirent de l’autobus qui avait amené le groupe de Cavaillon à Nice pour le voyage jumelant les pèlerins de Sainte Réparate et les grimpeurs de la Tête de Chien. Toutes étaient vêtues des dernières créations coquines de Japhet Cool, le minimalisme incarné dans le vêtement.

On entendit tomber à terre la langue du Nadar. Quant à Isidore Squamule, il souffrait depuis le départ de strabisme prononcé qui l’amenait à plonger son regard vers deux bustiers à la fois. Les pèlerins étant à Sainte Réparate pour la nuit, à y prier pour la remise des péchés du monde, c’était donc le moment idéal pour inclure quelques fautes de plus dans l’escarcelle de l’humanité. La peau de yak risquait d’être en demande!

Les autres grimpeurs sortaient leur matériel et se préparaient à s’égayer dans la nature le long des falaises disponibles. Le sentier était juste devant eux, les appelant vers l’aventure. Isidore pris son porte-voix.

-« Attention! Nous devons partir vers dix sept heures et, pour ne pas oublier personne, cette fois-ci, j’ai emprunté à Damase Bastingue, le président honoraire du club des sous-mariniers retraités, une corne de brume ayant été utilisée sur le Clemenceau. Dès que vous entendez le mugissement, vous accourez immédiatement. Je ne vous accorde que cinq minutes : nous avons une tente à monter! Enfin… des tentes à monter… Bonne grimpe! »

Tel un troupeau sans berger, les grimpeurs s’éparpillèrent dans la nature.

-« Quant à vous, mesdames, voulez-vous nous accompagner? Philippe et moi allons vous montrer les rudiments des manœuvres de corde et les mouvements de base de notre sport. Et je suis convaincu que Philippe se fera une joie de prendre des photos professionnelles de vos performances que nous pourrions inclure dans un petit article sur les voies pour débutants de Nice qui serait publié dans ‘’Par Là-Haut’’, le magazine du plus que vertical. N’est-ce pas, Philippe? »

-« Dans mon sac, j’ai trois cartes mémoire de huit gigabits : nous en avons assez pour illustrer une bible! »

Madame Lancette le regarda dans les yeux.

-« Il faut garder de la mémoire pour ce soir… on ne sait jamais ce qui se passe dans une tente quand les lumières viennent à manquer. Vous avez un flash, bien entendu? Nous pourrions avoir besoin de décomposés.»

-« Assez discuté », annonça Isidore, « Philippe va nous guider vers des spots qui mettrons vos talents en évidence. »

Il s’ensuivit une petite marche le long d’un sentier facile, agrémenté du plus léger des badinages. Au bout de cinq minutes, le groupe arriva en face de quelques blocs surplombant la ville. Le soleil brillait, la vue sur la mer était superbe. Un endroit désert comme on les aime bien.
Isidore Squamule fermait la marche, peinant à traîner sa corne de brume, une bonbonne digne des exploits de Cousteau, surmontée d’un cornet de près d’un mètre de diamètre.

-« C’est parfait ici : je ne vais pas plus loin avec cet engin… et d’ailleurs l’endroit est idéal tant pour les photos que pour l’atmosphère. »

Philomène Carpates, une des novices de Cuir et Latex se tourna vers Nadar Maurel.

-« Philippe… vous permettez que je vous appelle Philippe… ce n’est pas un peu coquin, ce petit pré d’altitude? »

-« Jamais je ne me permettrait d’amener un groupe de jolies femmes dans un endroit désert dans l’espoir de gagner leurs charmes! D’autant plus que regardez-moi cette arête facile sur le bloc de droite : voilà une ligne idéale pour des débutants. Mettez vos chaussons, je vais vous parer.»

Les nouveaux chaussons Zéro Absolu! étaient parfaitement assortis avec les fringues Japhet Cool ce qui donnait , sur l’arête , un ensemble agréable d’autant plus que de grosses prises favorisaient la progression et augmentaient le niveau de confiance.

-« Je fais quoi pour descendre? »

-« Deux choix » dit Isidore, « sauter sur le crashpad et j’amortis votre chute ou bien dégrimper. Pas mal plus facile de sauter quant à moi … et Phil va prendre une séquence de photos.»

Philomène Carpates ne se le fit pas dire deux fois : elle se lança dans le vite avec un entrain qui faisait plaisir à voir. Isidore n’eut la vie sauve que parce qu’il trébucha sur une attache du crashpad : la jeune femme arrivait directement sur lui et il ne pu que l’attraper par le bustier. Heureusement le Zéro Absolu! Extrême Crash était conçu pour absorber l’impact d’un petit monomoteur.

-« Isidore… quelle poigne tu as! Nous pourrions pratiquer à parer ce soir… tu me montreras comme faire. »

L’appareil de Philippe était en mode automatique : il avait immortalisé l’épisode.

Julie Rhinite et Carole Samole se lancèrent à leur tour dans l’ascension du bloc pour revenir à terre avec plus de grâce que leur compagne.

« Essayons maintenant cette fissure verticale sur le bloc qui ressemble à une théière » dit Philippe « il offre de belles possibilités photographiques. J’ouvre une bouteille de rosé… quelqu’un en veux? »

Quatre mains se levèrent : aussi bien ouvrir deux bouteilles… ce qui ne prit qu’un instant, juste le temps de transporter le crashpad sous la voie.
Après s’être désaltérées, les novices recommencèrent leur apprentissage sous les yeux de lynx des deux formateurs. Le bloc était plus facile qu’on ne l’aurait cru et sa situation permettait de belles photos avec la mer en toile de fond.

Philippe regarda autour de lui. Pourquoi pas ce bloc, juste sur le bord de l’abîme? On pourrait voir, sur les photos, et la mer et la ville! Il le suggéra à la deuxième pause de rosée et l’idée fut immédiatement acceptée : comment résister à un tel portfolio?

Le bloc ressemblait à un champignon de moyenne grosseur posé délicatement sur une crête de la Tête de Chien. Il dominait la ville et ouvrait des perspectives intéressantes pour les prises de vues en dévers.

Carole Samole fut la première à tenter l’expérience du plus que vertical. Les quelques pas délicats au ras du sol furent vite franchis mais elle fut stoppée net par l’avancée du petit toit champignonnesque.
Après plusieurs essais, elle laissa sa place à Philomène Carpates qui ne fit pas tellement mieux. A son troisième essai, elle se tourna vers Isidore.

-« Isidore, tu peux me parer ou m’aider à aller un peu plus loin? »

Isidore Squamule vida son verre de rosé d’un trait et se positionna stratégiquement sous le toit. Philomène effectua la première partie verticale sans fautes et attrapa un bac latéral dans la couronne du bolet rocheux.
Isidore para mais voyant que la jeune femme n’y arriverait pas, il saisit avec détermination le popotin à peine couvert par le short Japhet Cool Minimal et poussa du mieux qu’il pu pour contrer les effets néfastes de la gravité. La jeune femme avança de deux prises et se retrouva sous le bord du chapeau du bolet.

Le Nadar de la grimpe, allait de gros plans du popotin à panoramiques de la grimpeuse avec la mer et la ville en dessous. Il préférait le popotin mais les photos de paysages se vendent bien en cartes postales…

-« Allez, un dernier effort! » lança Isidore. Il poussa encore plus fort sur le popotin qui allait faire une première ascension à vue du Bolet quand Philippe Maurel, obnubilé par la vue de cet océan de chair vierge, décida de faire un pas en arrière pour obtenir un cadrage parfait.

Il trébucha sur l’épave d’une bouteille de Rosé, garda le doigt sur la gâchette de l’appareil photo et tomba à la renverse sur la corne de brume du Clemenceau, dégoupillant par le plus grand des hasards l’instrument infernal et lançant vers la mer un mugissement à réveiller les morts.

« MMMEUEUEUEUEUUEUEUEUE... »

Tout en bas, dans un bar de Nice, le Commandant Polytric, ancien de la marine, posa son verre et tomba raide mort, son cœur ayant flanché sous l’émotion. Entendre une dernière fois le son de la corne de son ancien navire avait été une émotion trop violente pour le vieil homme.

Au sommet, les choses n’allaient guère mieux.
Philomène Carpates et Isidore Squamule étaient retombés sur le crashpad sans trop de dégâts.
Madame Lancette et Carole Samole se précipitaient vers eux, espérant dégager la poitrine de Philomène des mains crispées d’Isidore.
Le Nadar Maurel, totalement sourd, se relevait péniblement et pointait avec insistance vers le Bolet.

La curiosité géologique, sous l’effet des ondes sonores, avaient décidé de prendre la poudre d’escampette et glissait majestueusement vers le vide.
Le Bolet disparut, aspiré par la gravité.

Isidore Squamule, Brevet d’Accompagnateur en Montagnes de très Basse Altitude (BAMBA), jugea d’un coup d’œil du danger de la situation : le terrain était instable et pouvait être emporté dans la seconde! Retraite immédiate vers l’autobus où devaient de toute façon attendre les autres grimpeurs avertis du danger par la corne de brume. Le salut dans la fuite!
On irait à Peillon demain…et, de toute façon, il était temps de monter la tente et d’étendre la peau de yak…

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Tête de Chien, le nouveau quartier cossu très en dessous du sommet, samedi 14 :05
Casimiro Cappicolo, l’acteur bien connu pour ses interprétations de gardien de l’humanité dans la série ‘’Sauvetage Eco-Terre’’ en était à son cinquième martini de l’après-midi. Il flottait sur un agréable nuage éthylique, assis sur sa terrasse en face de sa piscine creusée à flanc de colline.

Tout ce luxe! Qui aurait cru qu’un petit intriguant de Ventimiglia se rendrait aussi loin? Il avait magouillé fort pour aboutir sur cette terrasse, faisant chanter producteurs et agents, accumulant des informations sur un peu tout le monde grâce à un réseau tentaculaire de petites gens, balayeurs et moppologues des studios, ne craignant pas de fouiller les poubelles lui-même à la recherche du moindre indice.

Et les femmes… il écrasa une cigarette et ouvrit un nouveau paquet, le troisième…
Encore une saison à jouer ce personnage débile qui nettoyait la planète une heure par semaine, encore une saison à serrer la main des écolo-zigotos, encore une saison à fréquenter les artistes média-bidon de la Promenade… encore une saison et il allait se lancer en politique!
Il en savait désormais assez sur tous ces menteurs compulsifs en mal de visibilité pour se hisser au sommet de la chaîne alimentaire. La Présidence, rien de moins!

Casimiro Cappicolo allait entrer au Ciel par la grande porte. L’Élysée, le paradis de la politique. Allez, un autre martini en l’honneur de l’Élysée!

Et cette Lucrezia Cornucopia qui n’arrivait pas! Venir d’Italie pour avoir une entrevue avec la vedette de ‘’Sauvetage…’’et sans doute profiter de son merveilleux physique. Pas une femme qui ne désire ce corps d’Adonis… faudrait pas oublier de prendre une petite pilule bleue juste au cas où…

Un léger sifflement attira l’attention de Casimiro Cappicolo.
Il leva les yeux vers un ciel qui semblait s’obscurcir de secondes en secondes.

La piscine, la terrasse, la maison construite sans permis et Casimiro Cappicolo furent vaporisés en un instant par l’impact d’un Bolet minéral de quelques milliers de tonnes.

Un petit top coquin griffé Japhet Cool se posa doucement sur les décombres quelques minutes plus tard…

Texte de Jean-Piere Banville
Illustration de Ben Bert